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Il paraît qu'avant-hier, une délégation de journalistes étrangers était venue visiter notre ville. Elle tombait bien. Voici ce que ra­conte Le Courrier; à ce propos :

Autour du bombardement d'avant-hier.

Ce n'est pas une mission officielle hispano-américaine, mais une délégation de journalistes appartenant à la plupart des pays neutres, qui est venue visiter notre ville avant-hier.

Il y avait là, outre les Américains du Nord et du Sud, des Espagnols, des Suédois et des Suisses représentant les grands journaux de la presse mondiale, qui tenaient à se rendre compte des ravages causés par les brutes allemandes dans la cité rémoise.

Nos hôtes ont été servis à souhait. Ils ont pu se rendre compte, non seulement de visu mais encore de auditu de la façon d'opérer des Boches.

Ceux-ci, avec le sens de l'à-propos et de l'opportunité qui les caractérise, ont fait — comme si on les en avait priés et comme s'ils avaient été prévenus du passage de nos hôtes — une démonstration décisive de leur savoir-faire.

Les journalistes neutres n'en revenaient pas de ce bom­bardement "dans le tas", exécuté sauvagement, sans aucune nécessité militaire.

Après cet arrosage sensationnel, nos hôtes, sous la con­duite de M. le sous-préfet de Reims, ont parcouru les différents quartiers de la ville. Ils ont vu les ruines du jour et les ruines anciennes. Ils ont été spécialement frappés de l'état dans lequel les Boches ont mis le quartier de la cathédrale et le pâté de maisons compris entre la place royale, la rue de l'Université, la place Belle-Tour, le boulevard de la Paix (le bien nommé !) et la rue Cérès.

Nos confrères emportent de leur séjour à Reims, une im­pression d'admiration et de sympathie profondes pour nos con­citoyens, le dégoût inexprimable pour la bande infernale qui s'acharne depuis dix mois, et sans aucun profit stratégique, contre une des plus belles villes d'art de l'univers civilisé.

Dans son numéro d'hier, le même journal, faisant mention du bombardement du 20, disait, entre autres choses, ceci :

...Ce bombardement précipité et rageur trouve son explication dans le communiqué d'aujourd'hui. Les Boches ont voulu tirer vengeance de l'expédition de nos avions au-dessus de la gare de Challerange.

On dit aussi qu'une batterie de notre secteur a fait sauter un important convoi de munitions aux environs de Berru. Quoiqu'il en soit, les Allemands ont entassé un peu plus de ruines dans notre ville et mis au cœur de ses habitants un plus âpre désir de résistance et de libération.

Et il ajoutait alors :

La mission hispano-américaine, de passage dans notre ville, est arrivée au plus fort du bombardement.

- Le communiqué publié aujourd'hui, en date de Paris, le 21 juillet, 7 heures, dit simplement ceci, à propos du bombardement de mardi 20 :

Un violent bombardement a fait à Reims plusieurs victimes dans la population civile.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Jeudi 22 - Nuit tranquille (couché à la cave). Visite à M. le Curé de Saint-Thomas, à l’ambulance Sainte-Geneviève.

Écrit à M. le Commandant de Beaucourt.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
Place Saint-Thomas

Place Saint-Thomas

jeudi 22 juillet

Canonnade en Artois, autour de Souchez et de Neuville; lutte à coups de torpilles et de grenades; aucune action d'infanterie.
Soissons a été bombardée. Dans la partie orientale de l'Argonne, l'ennemi a pris pied dans une de nos tranchées avancées qui faisait saillant.
Dans la forêt d'Apremont et au bois Le Prêtre, il a été complètement repoussé.
Dans les Vosges, vives actions d'infanterie. Sur les hauteurs qui donnent à l'est la vallée de la Fecht, nous avons pris une partie des organisations offensives allemandes. Saint-Dié a été bombardée par l'ennemi.
Trente et un de nos avions ont opéré au-dessus de Conflans-Jarny. Leurs obus ont endommagé la gare et le dépôt de locomotives. Deux autres de nos avions ont jeté des obus à nouveau sur la gare de Colmar.
Sur le front oriental, la progression allemande a continué en Courlande. L'ennemi a occupé quelques tranchées au nord-est de Suwalki; l'artillerie de la forteresse de Novo-Georgiewsk, à 45 kilomètres de Varsovie, a canonné efficacement les têtes de colonnes de Hindenburg. Les Russes ont fait 500 prisonniers sur le Dniester.
Les relations se tendent de plus en plus entre la Roumanie et l'Allemagne, comme d'ailleurs entre la Turquie et la Grèce, et aussi la Turquie et l'Italie.
On dément l'arrestation de M. Ghenadief à
Sofia.

Source : la guerre au jour le jour

Tag(s) : #Paul Hess, #Cardinal Luçon, #1915
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