Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Dès 5 h 1/2, un aéro se fait entendre ; on tire dessus. Belle journée de printemps, ensoleillée.

Je profite du beau temps pour me rendre rue du Jard 57, suivant les recommandations expresses de mon beau-père, rencontré à Épernay il y a trois semaines, afin de voir, d'après ses indications, aux papiers qu'il avait mis en lieu sûr avant son départ de Reims, dans la certitude, comme bien d'autres, d'une absence de courte durée.

Il m'a confié ses inquiétudes à ce sujet, en m'apprenant qu'avant de quitter sa maison, en novembre 1914, il s'était hâté d'enterrer dans le jardin une boîte en bois renfermant des valeurs.

Craignant avec raison les dégâts de l'humidité et tenant à mettre à profit l'expérience acquise pendant l'occupation allemande de 1870-1871, il m'avait conseillé, en attendant que je puisse les lui remettre, de les exhumer et de les replacer dans des tuyaux de fonte de moyen calibre, mesurant à peu près 0.50 ou 0.60 m de longueur, à obturer complètement à chaque bout avec des bouchons de bois, de deux à trois centimètres environ d'épaisseur, au milieu desquels j'aurais à visser un fort piton pouvant donner suffisamment prise pour les ravoir.

D'après un plan qu'il m'avait remis, je trouve alors facilement, à 0.40 m de profondeur, une petite caisse à demi pourrie que je déterre et vide de son contenu, exposé aussitôt en plein soleil au milieu du terrain.

L'opération devenait urgente. Le tout a grand besoin de prendre l'air ; un certain nombre de ces titres sont déjà en assez piteux état.

Je passe ainsi la matinée à surveiller les feuilles éparses retenues par des pierres, alors que pour me distraire, je puis suivre la chasse aux aéros qui ne discontinue pas, et, lorsque vient l'heure de me retirer, je procède auparavant à un rangement nécessaire - mais le lendemain 19, dès ma sortie du bureau, je vais finir le travail commencé.

Les papiers, complètement secs maintenant, sont roulés fortement dans des journaux puis introduits au milieu des trois tuyaux de descente d'eau que je me suis procurés, lesquels sont hermétiquement fermés, chacun par deux des bouchons de bois que j'ai fait faire, - et le tout est remis à l'emplacement de la caisse.

Cette fois, garanti pareillement dans la fonte, le dépôt est à même de rester, sans risque du côté du sol, des années enterré dans le jardin, les bouchons seuls devenant susceptibles de détérioration à la longue, et le reste, soigneusement isolé entre eux, pouvant demeurer intact.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Dimanche 18 – Nuit tranquille : quelques bombes et coups de canons. Messe et allocution au Bon Pasteur de 8 à 9 h.

Visite aux soldats, aux prêtres, et aux habitants de Villers-Allerand, réunion générale à l’église ; réunion spéciale des Prêtres, dans une salle sur la Place.

Visite à l’Ambulance. Rentré à 7h 45 soir.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173
Viller-Allerand

Viller-Allerand

Dimanche 18 Avril 1915.

Je suis allée aux caves aujourd’hui. Si tu avais vu ton coco et si tu étais arrivé dans le moment, tu aurais été heureux de voir comme il pense à toi. A un moment donné il a dit à Marguerite : « Marraine Aguite, donne mon papa que je le montre à tite sœur ». Elle s’empresse de lui donner ta photo. Il la prend et approchant de sa sœurette :

« - Fais un bec, tite sœur. Tu sais, papa, il est à la guerre.

  • Pauvre crotte, lui dit Marguerite, rends le moi que je le mette au dodo.
  • Non, c’est coco. »

Alors le prenant contre lui, il se met à chanter « Fais dodo mon papa ; ton coco t’aime bien ».

De le voir, maman pleurait.

Quand viendra le jour où nous pourrons tous les deux les gâter ? Pauvre grand, je suis triste, surtout que je sais que les prisonniers ont faim, et de ne pas savoir où tu es … Toi même, mon Charles, tu dois souffrir, mais quand tu reviendras, je te rendrai plus heureux qu’un roi. Ce sera le seul but de ma vie. J’espère encore, vois-tu, malgré que les jours passent.

Et je t’aime toujours. Bons baisers. Ta petite femme.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu'elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu'au 6 mai 1917 (avec une interruption d'un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Tag(s) : #Paul Hess, #Cardinal Luçon, #Juliette Breyer, #1915
Paperblog