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Bombardement.

À 10 heures, j’entends dire, à l’hôtel de ville, qu’un obus vient d’éclater rue Bonhomme ; il y aurait eu des blessés.

Je m’y rends aussitôt et trouve la rue obstruée en son milieu, par des matériaux, des débris de bois et de zinc provenant de la maison n°6, qui a été touchée parle haut. La balustrade en pierre de son balcon du premier étage a été en outre entièrement disloquée et projetée au loin par l’explosion. J’ai remarqué cela d’un coup d’œil en arrivant ; il n’y a personne dehors, des traces de sang existent sur le pavé, cela ne fait qu’accroître mes inquiétudes et je me hâte de rentrer au 8, où je trouve Mme Martinet. D’une voix encore tremblante d’émotion, elle m’apprend que nos deux voisines, Mme Bauchard, 40 ans, habitant la maison Burnod (n°10) et Mme Marmotin, 50 ans, de la maison Abelé (n°5) ont été atteintes par des éclats et blessées toutes les deux, alors qu’elles causaient sur le pas de la porte du n°10. Mme Martinet, qui avait tenu conversation un instant avec elle, les quittait et avait à peine eu le temps de fermer sa porte, quand l’obus vint s’abattre et blesser en outre, grièvement, un cycliste qui passait rue Cérès à l’instant de son éclatement.

Je questionne doucement Mme Martinet ; elle n’en sait guère plus. Elle peut me dire seulement que Mme Bauchart a été transportée à l’hôpital civil ; quant à Mme Marmotin, elle aurait été emmenée d’un autre côté, pour recevoir les soins nécessaires.

Ces nouvelles m’attristent et me font éprouver une réelle pitié à l’égard de ces bonnes personnes peu connues cependant, jusqu’alors ; les dangers courus en commun pendant les nuits des 2-22 février et 1-2 mars, avaient en quelque sorte assuré tacitement pour nous l’entr’aide mutuelle en pareil cas et je ne puis que regretter bien sincèrement de ne pas m’être trouvé sur place en cette terrible circonstance.

C’est malheureusement tout ce que je puis certifier à Mme Martinet qui, elle, a la chance d’en être quitte avec une grande frayeur et je retourne aussitôt à la mairie afin d’obtenir tout de suite d’autres détails que pourront probablement me donner les brancardiers volontaires.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Samedi 6 – Nuit tranquille en ville. Bombes à la mélinite (1) dans la matinée. Écrit au Cardinal Archevêque de Paris. J’étais président d’honneur à la Propagande française à l’Étranger. Le Cardinal de Paris exprima le désir de l’être aussi. Je le priais d’accepter, afin qu’il put exercer à Paris, sur les publications de cette Propagande (dont Mgr Baudrillart était le Directeur ou Président effectif), un contrôle que je ne pouvais exercer à Reims.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. par L’Académie Nationale de Reims – 1998 – TAR volume 173

(1) Ces « bombes à la mélinite » sont en fait des obus explosifs ordinaires. La mélinite, obtenue à base d’acide picrique, constitue la charge des obus d’artillerie depuis la fin du XIXe siècle où elle a remplacé la poudre noire.

 

Tag(s) : #Paul Hess, #Cardinal Luçon, #1915
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