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La nuit a été calme. Bombardement dans la matinée vers le faubourg de Laon et l'après-midi sur le 3e canton.

- Vers 10 h, nous pouvons assister, de la cour de l'hôtel de ville, par un temps très clair, à la une chasse au Taube fort intéressante. Cela n'est pas pour faciliter sa promenade car de nombreux obus sont tirés sur lui, venant parfois éclater bien près dans son sillage. A-t-il été atteint ? Il finit par filer dans ses lignes, jugeant certainement qu'il deviendrait dangereux de rester plus longtemps en observation au-dessus de la ville.

- Depuis quelques jours, des ouvriers travaillent à garantir les parties basses de la cathédrale restées intactes après l'incendie du 19 septembre 1914 et non atteintes ensuite par les bombardements, en entassant des sacs de sable le long de pièces de bois clouées sur des montants allant jusqu'à la base des ogives, aux portails du centre et de droite de la façade.

- Je suis heureux d'avoir pu, ce jour, me débarrasser de trois grands caisses qui m'avaient été confiées par un voisin, bijoutier, alors qu'il partait pour la Creuse, avec sa famille, le 30 août 1914.

Lorsque ce dépôt m'avait été laissé, je ne pouvais soupçonner, en l'acceptant bénévolement, pour rendre service, combien il m'occasionnerait de soucis et d'ennuis quand la situation de Reims me ferait un devoir impérieux de chercher à la restituer.

Ce n'est, en effet, qu'après des pourparlers longs et laborieux, par correspondance, que ces trois caisses volumineuses, dont deux étaient remplies de pièces d'argenterie contrôlée (cafetières, théières, etc.), ont été livrées à la maison de roulage Rondeau, pour être transportées à Épernay et remises, en cette ville, à un oncle de l'intéressé, pour leur acheminement définitif.

Pour moi, oui, c'est un réel débarras, car après avoir sauvé de ma cave effondrée cette marchandise précieuse, le 26 septembre 1914, je n'avais pu que la placer sous un hangar, au fond du jardin de la maison de mon beau-père, 57 rue du Jard, où elle était susceptible de se ressentir des intempéries.

Il m'avait fallu déclarer nettement que je ne voulais pas prendre la responsabilité de la garder plus longtemps, sous le bombardement, et demander à plusieurs reprises des instructions pour son expédition.

Alors, deux fois, sur rendez-vous de Rondeau, qui avait été chargé du nécessaire, j'avais dû faire à faux le trajet mairie-rue du Jard, tandis que les obus pleuvaient, pour aller inutilement attendre... leur enlèvement.

J'étais exaspéré.

Aujourd'hui, j'ai poussé un soupir de soulagement en voyant enfin arriver, alors que je me tenais prêt pour la troisième fois, l'homme qui avait pour consigne de charger les caisses dans sa voiture - et je lui ai souhaité bon voyage avec satisfaction.

Mais on ne m'y reprendra plus à rendre des services de ce genre !

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos
9 février 1915. Depuis quelques jours, des ouvriers travaillent à garantir les parties basses de la cathédrale restées intactes

Mardi 9 - Nuit tranquille. Visite de M. Henri Abelé. des officiers lui ont dit que l'on amenait autour de Reims 225 (1) canons de 105, avec des munitions pour 1000 coups chacun. Chaque jour on fabrique en France 80000 obus. 40000. sont envoyés sur le front et emmagasinés et mis en réserve. Le Père Screpel dit que Pie X est apparu à une religieuse digne de confiance, et lui a dit que la Victoire n'était pas si loin qu'on le pensait ; et quelle se produirait de telle manière qu'il serait manifeste à tous qu'elle viendrait de Dieu.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

(1) Il n'existe pas de canons de 105 mm à cette date dans l'armée française. Peut-être s'agit-il de canons anciens de 120 mm du système de Bange mais leur présence serait plus probable à l'Est de Reis ou sera lancée la première offensive de Champagne le 16 février 1915 (voici des officiers bien bavards !). La production quotidienne d'obus de 75 qui était de 10000 en 1914 va attendre 150000 en 1915 pour culminer à 230000 en 1917 et 1918. En 1915 on fabrique 3600 coups de 155 par jour et 460 de 220

9/2 - Mardi - Beau temps dès le matin, les aéros circulent sur Reims, on leur expédie de nombreux obus. A midi, c'est assez calme. C'est toujours les mêmes cantons qui supportent le choc, 2e, 3e et 4e canton. Nuis assez calme. Ce jour, l’après-midi la (XX), par autorité militaire, a donné l'ordre de fermer les cafés les 10 et 11 courant. Conseil de révision au Pont de Muire.

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet sur le site de sa petite-fille Marie-Lise Rochoy

9 février 1915. Depuis quelques jours, des ouvriers travaillent à garantir les parties basses de la cathédrale restées intactes
Tag(s) : #Paul Hess, #Cardinal Luçon, #Eugène Chausson, #1915
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