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Bombardement encore, une partie de la matinée.

- Le Courrier n'a pas de chance ! Hier, il protestait de nouveau contre la censure qui lui avait mutilé un article et, immédiatement derrière sa protestation, dans la même colonne, un texte d'une quarantaine de lignes était caviardé. Il devait suivre ce titre, laissé seul :

"Le Gouverneur de Verdun"

Aujourd'hui, tout un article lui a été supprimé, même avec le titre et dans le blanc existant à son emplacement, il a imprimé ceci, composé avec des grands espacements :

ici
a été violé par la censure
la loi du 5 août 1914

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Lecteurs rémois traités en paris,
Protestons ensemble contre cette iniquité !

On pourrait parier que cela ne servira à rien. Mais alors, que valent les tartines que nous servent les journaux de Paris ? Si nous en jugeons par ce qu'ils disent d'exact sur Reims !

Le Courrier de la Champagne fait preuve d'une belle opiniâtreté ; cela n'empêche qu'en la circonstance, il est le pot de terre.

Paul Hess dans Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Vendredi 18 - Toute la nuit, bombes sur la ville, 200 obus, dit "Le Courrier de la Champagne" du 19 ; vers les 4e, 3e et 2e cantons. Après-midi, visite aux Réfugiés rémois, à Tinqueux, Petit Séminaire et route de Bezannes.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918, éd. Travaux de l’Académie Nationale de Reims

18 - Vendredi - Même temps que la veille, temps gris avec quelques éclaircies.

Nuit assez calme

Carnet d'Eugène Chausson durant la guerre de 1914-1918

Voir ce beau carnet visible sur le site de petite-fille Marie-Lise Rochoy

Vendredi 18 Décembre 1914.

Oh mon Charles, quel parrain tu as ! Nous pourrons le bénir jusqu’à la fin de nos jours. Il est venu me voir cet après-midi et sais-tu ce qu’il m’a dit ? Après m’avoir embrassée « Pour quand attendez-vous la naissance de ce petit là ? me demanda-t-il. Vers fin janvier, donc le mois prochain. Et où comptez-vous aller ? »

« Pour commencer, lui répondis-je, j’avais pensé aller à l’hôpital, mais mes deux parents n’ont pas voulu. La maman Breyer m’a offert sa maison, mais je sais que ce n’est pas facile car Gaston est là. Malgré cela je suis allée voir Mme Louis et elle m’a dit qu’elle voulait bien venir rue de Metz, pas rue de Beine. Rue de Beine, je ne pourrais déjà pas y aller puisque ma maison est à tous les vents. Ce qu’il y a aussi, c’est que Mme Louis est peureuse et ne sort pas quand cela bombarde. Je ne peux pas dire que j’irai en chercher une autre, elles sont toutes parties ».

« Eh bien ! me dit ton parrain, Je viens vous offrir ma maison puisque Maria est chez vous ; elle vous soignera. D’abord Juliette doit vous écrire pour vous en parler. Acceptez-vous ? ».

« Je crois bien que j’accepte et c’est du plus profond de mon cœur que je vous remercie ».

J’en avais les larmes aux yeux et je t’assure que quand je l’ai embrassé à son départ, ça a été d’un bon cœur. Tu vois, mon Lou, dans mon malheur j’ai encore des amis. Reviens vite et nous serons deux pour le remercier. C’est la bonté même.

Je t’aime toujours. Ta Juliette.

Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) - Lettres prêtées par sa petite fille Sylviane JONVAL

De sa plus belle écriture, Sylviane Jonval, de Warmeriville a recopié sur un grand cahier les lettres écrites durant la guerre 14-18 par sa grand-mère Hortense Juliette Breyer (née Deschamps, de Sainte-Suzanne) à son mari parti au front en août 1914 et tué le 23 septembre de la même année à Autrèches (Oise). Une mort qu'elle a mis plusieurs mois à accepter. Elle lui écrira en effet des lettres jusqu'au 6 mai 1917 (avec une interruption d'un an). Poignant.(Alain Moyat)

Il est possible de commander le livre en ligne

Tag(s) : #Paul Hess, #Cardinal Luçon, #Eugène Chausson, #1914, #Juliette Breyer
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