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Paul Hess

Le 20e territorial d'infanterie défile le matin, au complet, avec drapeau, tandis que je passe sur le boulevard Louis-Roederer. Les hommes bien équipés, ont très belle allure. Ce régiment. se dirige vers le quai d'embarquement de la gare pour partir par Noisy-le-Sec.

Les dépêches annoncent la reddition de Longwy, après un bombardement de vingt-quatre jours. J'éprouve une certaine angoisse, en lisant cette nouvelle à la sous-préfecture et je me demande comment il a été possible à une garnison et à la population civile de supporter un aussi long bombardement. Cela me paraît presque surhumain.

Sur le soir de cette journée, mon beau-père vient nous voir. Nous parlons de la situation et, m'en rapportant à son expérience. je décide de mettre en lieu sûr, pour peu de temps je l'espère, mes armes personnelles dont j'ai toujours eu le plus grand soin. C'est d'abord un revolver de poche genre bull-dog, puis un revolver d'ordonnance mod. 92 auquel je tiens beaucoup, car il me servait de temps en temps, le dimanche pour les séances d'entraînement au tir et pour les concours. Sur la présentation de mon beau-frère, Simon-Concé, les officiers du 46e territorial avaient bien voulu, en effet m'admettre comme de la société de tir du régiment, quoique je n'aie pas eu à accomplir de service militaire, en raison de l'infirmité de naissance dont je suis malheureusement affligé.

J'enduis donc copieusement ces armes, intérieurement et extérieurement de la graisse verte spéciale dont je me servais pour leur nettoyage, les enveloppe dans plusieurs épaisseurs de flanelle de laine, afin d'éviter la rouille dans la mesure du possible, en fais enfin un paquet roulé dans toute l'épaisseur d'un sac de toile, et le tout, bien ficelé, est enterré assez profondément en un endroit de ma cave repéré par ses distances des murs, dont je prends note, car après remise en place de la terre, tassement et balayage, il n'y paraît rien.

Source : Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918

Reims, vendredi 28 août 1914

Départ de tous les émigrants dont on tient à se débarrasser. A 10 heures 30, grâce à l'intervention du Commissaire de la gare, M. Propice, un de mes amis, je puis malgré l'encombrement inouï, réussir à installer les familles Lemaigre et Moulis dans un même compartiment de première classe d'un train en partance sur Paris. La famille
Lemaigre doit se rendre à Lyon et la famille Moulis à Tarascon sur Ariège. Je leur remets les laissez-passer qui leur permettront d'effectuer gratuitement ces voyages, j'y ajoute un panier de provisions. A 11 heures, le train s'ébranle, je leur souhaite bonne chance.

Ce que je viens de faire, je l'aurais fait pour tous mes amis.... Oui, mais MM. Lemaigre et Moulis ne sont pas mes amis, loin de là! Ce sont des personnes qui froidement et de concert m'ont causé les pires ennuis.... ce que j'avance est bien en dessous de la réalité. Et il est certain qu'en toute autre circonstance, je ne leur aurais point pardonné. Je suis très heureux d'avoir pu rendre le bien pour le mal.

Marcel Morenco

Lien vers le 20e Régiment d'Infanterie Territoriale de Lisieux

Tag(s) : #Paul Hess, #1914, #témoignages, #Marcel Marenco
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