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On dirait que les dimanches sont destinés à être plus terrifiants que les autres jours. Toute la journée le canon n’a cessé de tonner. Dans tous les quartiers on fait des barrages.

Au pont Huet on a fabriqué des barricades avec des madriers et des arbustes de chez Jean et de chez Maillard. A quatre heures ½ du soir les obus s’abattent sur l’aviation, le Maroc et la rue Havé. Une des filles de M.Kieberlé, rue du quai militaire est tuée dans la cour de leur maison. On va de terreur en terreur et on se demande de plus en plus se qu’on va devenir. Toute la population du Faubourg de Laon émigre et on ne peut toujours rien prévoir au point de vue résultat .

C’est le quinzième jour sans changement, les artilleurs eux-mêmes déclarent que ce n’est pas une bataille de campagne qui se livre à Reims mais un véritable siège. Jusqu’ici rien ne peut faire prévoir la suite de cette bataille de Reims. Seul l’espoir et la patience font encore vivre les habitants. L’alimentation devient difficile, les magasins sont presque tous fermés. C’est toujours l’incertitude du lendemain.

Gaston Dorigny
Dimanche 27 septembre, dans tous les quartiers on fait des barrages

Dans l'après-midi de e jour, je puis me rentre chez mon beau-frère, place Amélie-Doublié et remarquer qu'une barricade, ou plutôt un barrage de tonneaux a été installé sur le pont de l'avenue de Laon. Pendant toute la durée du trajet, j'entends nos pièces tirer ; la riposte est faible

- On apprend qu'hier après-midi, un officier général aurait été tué aux portes de Reims, près de route de Cernay, au moment où il inspectait des batteries. C'est, paraît-il le général Battesti.

Paul Hess dans La Vie à Reims pendant la guerre de 1914-1918, éd. Anthropos

Nuit plus calme autour de Reims : mais toujours le canon au loin. 5 h à 8 h. 1/2, canonnade très violente au loin.

Le P. Heinrich me raconte que ses Pères lui ont rapporté hier ceci : 200 hommes dormaient dans une tranchée, sans sentinelle. Les Allemands les surprirent et les tuèrent tous. Un capitaine qui était à peu de distance voit venir les Allemands qui accouraient avertir que les Français ne se tenaient pas sur leurs gardes ; ils criaient : En avant, Marche ! Le capitaine les reconnaît cependant pour des Allemands. Il crie à des camarades : tirez ; lui, tombe mort, tué par les Allemands ; mais les Français finirent par repousser l'attaque avec avantage ; Avec une pareille discipline, il faudrait que Dieu fît des miracles pour que nous ne soyons pas battus (8).

La 52e Division de réserve a perdu son Général (Battesti). Elle n'a pas de Colonel ; c'est un Lieutenant-Colonel qui la mène.

Matinée tranquille jusqu'à midi.

A 1 heures le tapage recommence au nord-ouest et au sud-est. Des obus sont lancés. A 2 h. M. le Curé vient me voir et m'apprend qu'il y a eu messe chantée à la Chapelle du Couchant et qu'il y aura vêpres à 3 heures. Vendredi prochain j'irai rue du Couchant (ou à la mission ?) dire la messe du 1er vendredi, faire une allocution très brève. Visite de M. Mimil, interrompue par un bombardement, descente ad ingeros.

Messe au Couchant, il y a eu grand'messe chantée avec une assistance passable. Vêpres à 3 h., je l'ai su trop tard.

Toute la journée la canonnade a été plus lointaine ou moins vive. Vers 4 h. nous sommes allés à l'Enfant Jésus. En allant, nous sommes entrés au G. Séminaire. Pendant que nous y étions, plusieurs obus allemands ont passé au-dessus de nos têtes.

Pendant la nuit du 27 au 28, canonnade insistante toute la nuit.

Cardinal Luçon dans son Journal de la Guerre 1914-1918

(8) Anecdote entièrement fausse, d'ailleurs invraisemblable sur plusieurs points, qui donne le ton des propos mensongers dont se nourrit l'arrière.

Tag(s) : #Famille Dorigny, #Paul Hess, #Cardinal Luçon, #1914, #témoignages
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